Nous n’éduquons pas nos enfants de la même manière : est-ce grave ?

Depuis que nous sommes devenus parents, ma femme et moi avons découvert quelque chose d’assez évident… mais que l’on oublie parfois :
nous ne sommes pas la même personne.
Nous n’avons pas grandi de la même manière.
Nous n’avons pas les mêmes réactions.
Nous n’avons pas les mêmes sensibilités.
Nous n’avons pas toujours les mêmes priorités.
Alors forcément, nous n’éduquons pas toujours nos enfants exactement de la même manière.
Et pendant longtemps, j’ai pu me demander si c’était un problème.
Est-ce qu’il faut absolument avoir les mêmes règles ?
Dire exactement les mêmes choses ?
Réagir de la même façon ?
Être parfaitement cohérents en permanence ?
Aujourd’hui, je pense que la question mérite d’être posée autrement.
Deux parents, deux réalités
Depuis que je suis en congé parental, je passe une grande partie de mes journées avec mes enfants.
Ma femme, elle, travaille.
Cela signifie que nous ne vivons tout simplement pas les mêmes journées.
Moi, je peux connaître le contexte d’une dispute qui a commencé vingt minutes plus tôt.
Je peux avoir vu une émotion monter progressivement.
Je peux savoir qu’un enfant est fatigué parce que sa journée a été particulièrement intense.
Ma femme, lorsqu’elle rentre du travail, n’a pas forcément toutes ces informations.
Elle découvre parfois la situation à un instant précis.
Et forcément, notre réaction peut être différente.
Ce n’est pas nécessairement une question de bonne ou de mauvaise façon de faire.
Nous ne disposons simplement pas des mêmes informations.
Quand papa dit oui et maman dit non
C’est probablement l’un des grands classiques de la vie familiale.
Un parent accepte quelque chose.
L’autre refuse.
Et immédiatement, on peut avoir l’impression que l’un des deux « casse » l’éducation de l’autre.
Mais est-ce vraiment aussi simple ?
Prenons un exemple tout bête.
Mes enfants jouent dehors pieds nus.
Je peux me dire :
« Ce n’est pas grave. Ils vont se salir les pieds, on les lavera ensuite. »
Pour moi, le bénéfice de leur laisser cette liberté est plus important que le fait de devoir nettoyer leurs pieds après.
Mais cela ne signifie pas que toutes les limites disparaissent.
S’ils mettent quelqu’un en danger, s’ils abîment volontairement quelque chose ou s’ils manquent de respect, je vais intervenir.
La question n’est donc pas seulement :
« Est-ce autorisé ou interdit ? »
La question devient :
« Pourquoi est-ce que je pose cette limite ? »
Toutes les règles ne se valent pas
C’est quelque chose que j’ai beaucoup appris pendant mon congé parental.
Quand on passe toute la journée avec ses enfants, on pourrait facilement passer son temps à dire non.
Ne fais pas ça.
Ne touche pas à ça.
Ne cours pas.
Ne crie pas.
Ne te salis pas.
Ne fais pas ceci.
Ne fais pas cela.
À la fin de la journée, tout devient une succession de règles.
Alors j’ai appris à faire le tri.
Certaines règles sont indispensables pour moi.
La sécurité.
Le respect des autres.
Le respect du matériel.
Les limites nécessaires à la vie en collectivité.
Et puis il y a tout le reste.
Tout ce qui peut finalement être relativisé.
Se salir les mains ?
On les lavera.
Mettre de la terre sur ses pieds ?
On nettoiera.
Changer de jeu trois fois en dix minutes ?
Pourquoi pas.
Ce tri permet de conserver de l’énergie pour les moments où une limite est réellement importante.
Mais cela peut créer des tensions dans le couple
Évidemment, tout n’est pas toujours simple.
Lorsque deux parents ont des façons différentes de faire, cela peut créer des incompréhensions.
L’un peut avoir l’impression que l’autre est trop strict.
L’autre peut avoir l’impression que le premier laisse trop passer de choses.
Et chacun peut finir par défendre sa manière de faire.
C’est là que le couple peut rapidement se retrouver dans une bataille qui dépasse finalement la règle de départ.
On ne se dispute plus vraiment à propos des chaussures pleines de terre.
On se dispute sur :
« Tu ne me soutiens pas. »
« Tu es toujours trop laxiste. »
« Tu es toujours trop stricte. »
« Avec toi, les enfants peuvent tout faire. »
« Avec toi, ils n’ont jamais le droit à rien. »
Et là, le sujet devient beaucoup plus profond.
Faut-il alors être parfaitement cohérents ?
Je ne le pense pas.
Je pense qu’il y a une différence entre avoir des valeurs communes et réagir exactement de la même manière.
Nous pouvons être d’accord sur l’essentiel :
- ne pas mettre les autres en danger ;
- respecter les personnes ;
- respecter certaines règles de vie ;
- apprendre à exprimer ses émotions ;
- apprendre progressivement à être autonome ;
- prendre en compte les autres.
Mais nous pouvons avoir des façons différentes d’y arriver.
Et je pense même que cela peut être bénéfique pour les enfants.
Ils découvrent que les adultes peuvent avoir des sensibilités différentes.
Que l’on peut ne pas être d’accord.
Que l’on peut discuter.
Que l’on peut chercher un compromis.
À condition évidemment que les désaccords entre parents ne deviennent pas permanents ou destructeurs.
Le problème n’est peut-être pas d’être différents
À mes yeux, le vrai problème n’est pas forcément que deux parents aient des approches différentes.
Le vrai problème apparaît lorsque les parents ne comprennent plus ce que l’autre cherche à faire.
Si je pense que ma femme est simplement « trop stricte », je risque de me braquer.
Si elle pense que je suis simplement « trop laxiste », elle risque de faire la même chose.
Mais si nous prenons le temps de comprendre nos intentions, le débat change.
Pourquoi cette règle est-elle importante pour toi ?
Qu’est-ce qui te dérange vraiment ?
Est-ce une question de sécurité ?
De respect ?
De fatigue ?
De besoin de calme ?
D’habitude ?
De peur que l’enfant prenne de mauvaises habitudes ?
Ou simplement parce que c’est comme cela que nous avons nous-mêmes été éduqués ?
Ces questions permettent parfois de découvrir que nous ne sommes pas aussi éloignés que nous le pensions.
Les enfants n’ont pas besoin de parents identiques
Ils ont besoin de parents qui essaient de construire un environnement suffisamment sécurisant.
Ils ont besoin de limites.
Mais aussi de liberté.
D’écoute.
De présence.
D’affection.
Et probablement aussi de voir que les adultes autour d’eux ne sont pas parfaits.
Un enfant peut apprendre qu’une personne réagit d’une manière et une autre différemment.
Il peut apprendre à s’adapter.
À expliquer son point de vue.
À comprendre celui de l’autre.
À négocier.
À accepter parfois un « non ».
Et finalement, ces différences peuvent elles-mêmes devenir une occasion d’apprentissage.
Et quand on n’est vraiment pas d’accord ?
Évidemment, il existe des sujets sur lesquels il faut pouvoir se mettre d’accord.
La sécurité en est un.
Certaines règles fondamentales également.
Et lorsque le désaccord est important, il me semble préférable d’en parler hors de la présence des enfants, plutôt que de transformer chaque divergence en conflit devant eux.
On peut ensuite chercher ce qui est réellement négociable et ce qui ne l’est pas.
Et surtout, accepter que le compromis ne signifie pas forcément que quelqu’un a gagné et que l’autre a perdu.
Parfois, cela signifie simplement :
« Nous avons trouvé une manière de fonctionner qui nous convient suffisamment à tous les deux. »
Depuis mon congé parental, je regarde ces différences autrement
Ces mois passés davantage à la maison m’a beaucoup appris sur ce sujet.
Je me suis rendu compte que lorsque l’on vit une journée entière avec ses enfants, on développe une vision différente de certaines situations.
On voit les émotions arriver.
On connaît le contexte.
On sait ce qui s’est passé avant.
Le parent qui arrive plus tard dans la journée peut avoir une autre lecture.
Et finalement, cela m’a appris à moins chercher à savoir qui a raison.
Je cherche davantage à comprendre pourquoi nous ne voyons pas la situation de la même manière.
Ce n’est pas toujours facile.
Mais je trouve que c’est beaucoup plus constructif.
Être une équipe ne signifie pas penser pareil
Pour moi, être une équipe de parents ne signifie donc pas être deux copies conformes.
Cela signifie pouvoir avoir des différences tout en partageant suffisamment de valeurs communes.
Pouvoir discuter.
Pouvoir se remettre en question.
Pouvoir reconnaître que l’autre a peut-être vu quelque chose que je n’avais pas vu.
Et surtout, ne pas transformer chaque différence éducative en procès de l’autre parent.
Parce qu’au fond, nous sommes tous en train d’apprendre.
Nos enfants grandissent.
Nous aussi.
Et peut-être que la meilleure cohérence que nous puissions leur offrir n’est pas de réagir toujours de la même façon.
C’est de leur montrer que même lorsqu’on ne pense pas pareil, on peut continuer à s’écouter, à se respecter et à construire ensemble.
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