Je me sens perdu depuis que je suis devenu père : est-ce normal ?

« Depuis que je suis devenu père, je ne me reconnais plus. »
Cette phrase, beaucoup de pères pourraient la prononcer à la suite de l’accouchement.
L’arrivée d’un bébé bouleverse toute la parentalité : les futurs-parents doivent trouver leur place, tandis que la future maman traverse la grossesse, l’accouchement puis les premiers mois avec leur bébé.
Après l’accouchement, les premiers mois peuvent être particulièrement intenses pour les mamans comme pour les papas : entre nourrisson, allaitement ou nourrisson à nourrir, conseils de sage-femme et découverte de la vie de famille, chacun doit trouver progressivement ses nouveaux repères.
On imagine souvent qu’à la naissance d’un bébé, tout devient évident pour des nouveaux papas. Qu’il suffit de prendre son enfant dans ses bras pour se sentir immédiatement père. Pourtant, la réalité de la paternité peut être beaucoup plus complexe.
On peut aimer profondément son enfant et, en même temps, se sentir complètement perdu.
On peut être heureux d’être papa et avoir parfois envie de s’isoler.
On peut être fier de sa famille et avoir l’impression d’avoir perdu une partie de soi.
Et surtout, on peut se demander :
« Est-ce que je suis vraiment fait pour être père ? »
La réponse est peut-être beaucoup plus simple que tu ne le penses : devenir père est un bouleversement. Il est normal de ne pas avoir immédiatement toutes les réponses.
Pourquoi certains pères se sentent perdus après la naissance de leur bébé ?
L’arrivée d’un premier enfant bouleverse profondément la vie des jeunes parents. Pendant les mois de grossesse, puis après la naissance, la femme enceinte comme le père doivent apprendre à trouver leur place auprès de leur bébé et apprivoiser cette nouvelle vie.
Pour un jeune papa, les premières semaines avec un premier bébé peuvent être particulièrement bouleversantes. Entre le congé parental, le manque de sommeil, l’éveil du bébé et les nouveaux repères à trouver, devenir papa demande du temps et de l’adaptation.
Après la naissance d’un bébé, certains pères peuvent ressentir de la fatigue, de l’angoisse, de l’irritabilité, de la frustration ou simplement l’impression de ne plus savoir où est leur place.
Le changement peut être particulièrement important lorsque le père avait auparavant une vie professionnelle très prenante, beaucoup de temps pour ses loisirs ou une relation de couple organisée autour de moments à deux.
Il peut également être difficile de trouver sa place auprès d’un nouveau-né lorsque l’on a l’impression que tout tourne naturellement autour de la mère et du bébé.
Pourtant, le rôle du père ne se limite pas à « aider » la maman. Le père est lui aussi un parent. Il peut créer son propre lien avec son enfant, participer aux soins, prendre des initiatives et construire progressivement sa manière d’être père.
Devenir père, ce n’est pas seulement avoir un enfant
La naissance d’un enfant ne change pas uniquement le nombre de personnes dans la famille.
Devenir père change ton quotidien, ta vie de couple, ton rapport au temps, tes priorités et parfois même ton identité. Avec l’arrivée d’un bébé, tu dois aussi trouver ta place de père et comprendre quel rôle tu veux réellement jouer auprès de ton enfant.
Avant, tu pouvais décider de sortir, dormir, jouer, travailler ou simplement ne rien faire.
Désormais, quelqu’un dépend de toi.
Et cette responsabilité peut être immense.
Tu peux avoir l’impression que tout le monde attend de toi que tu sois solide, présent, disponible, protecteur et capable de gérer.
Mais personne ne t’a forcément expliqué comment devenir tout ça.
On t’a peut-être préparé à la naissance.
On t’a parlé de la poussette, des couches, du siège auto, du biberon ou de l’allaitement.
Mais qui t’a préparé à devenir père ?
« Je devrais être heureux, alors pourquoi je me sens mal ? »
C’est une question qui peut être particulièrement difficile à vivre.
Parce que dans l’imaginaire collectif, devenir père est censé être une immense joie.
Alors lorsque de la fatigue, de l’angoisse, de l’irritabilité, de la tristesse ou même un sentiment de vide apparaissent, certains pères culpabilisent.
Ils se disent :
« J’ai tout pour être heureux. »
« Mon enfant va bien. »
« Ma compagne fait déjà énormément. »
« Je n’ai pas le droit de me plaindre. »
Pourtant, la gratitude n’empêche pas la difficulté.
Tu peux aimer ton enfant de toutes tes forces et trouver cette nouvelle vie extrêmement difficile.
Les deux peuvent parfaitement coexister.
Tu as peut-être simplement perdu tes repères
Avant d’être père, tu avais probablement une certaine organisation.
Un rythme.
Des habitudes.
Une manière de prendre du temps pour toi.
Une place dans ton couple.
Une identité professionnelle, sociale ou personnelle.
Puis un enfant arrive et tout se réorganise.
Ton sommeil change.
Ton couple change.
Tes responsabilités changent.
Ton rapport à ton travail peut changer.
Ton temps libre disparaît parfois presque complètement.
Et quelque part au milieu de tout ça, tu peux finir par te demander :
« Mais moi, dans tout ça, je suis où ? »
Ce n’est pas forcément un signe que tu n’aimes pas ta famille.
Cela peut simplement être le signe que tu es en train de chercher une nouvelle place.
La pression d’être « un bon père »
Il existe aujourd’hui beaucoup de discours autour de la paternité.
Le père doit être présent.
Il doit s’investir.
Il doit changer les couches.
Être capable de parler de ses émotions.
Participer aux tâches domestiques.
Jouer avec ses enfants.
Soutenir sa compagne.
Être un modèle.
Être patient.
Être disponible.
Et c’est une bonne chose que les pères soient davantage encouragés à prendre leur place.
Mais il y a un piège.
À force de vouloir être le père parfait, on peut finir par avoir l’impression de ne jamais être suffisamment bon.
Tu peux faire énormément de choses pour ta famille et ne retenir que les moments où tu as crié.
Tu peux passer une heure à jouer avec ton enfant et culpabiliser parce que tu as passé vingt minutes sur ton téléphone.
Tu peux être épuisé et te reprocher de manquer de patience.
La paternité n’est pas un examen que tu dois réussir.
Et si tu n’avais pas besoin d’être parfait ?
Ton enfant n’a pas besoin d’un père parfait.
Il a besoin d’un père qui apprend.
Un père capable de reconnaître lorsqu’il s’est trompé.
Un père capable de dire :
« Là, je suis fatigué. »
« Là, je ne sais pas quoi faire. »
« Là, j’ai besoin d’aide. »
« Là, j’ai dépassé mes limites. »
Reconnaître ses difficultés ne diminue pas ta valeur de père.
Au contraire, cela peut être le début d’une relation beaucoup plus authentique avec toi-même et avec ta famille.
Alors, que faire quand on se sent perdu ?
Il n’existe pas une réponse unique.
Mais tu peux commencer par arrêter de chercher immédiatement ce qui ne va pas chez toi.
Pose-toi plutôt quelques questions :
- Qu’est-ce qui a réellement changé depuis que je suis devenu père ?
- Qu’est-ce qui me manque aujourd’hui ?
- Qu’est-ce qui m’épuise le plus ?
- Est-ce que j’arrive encore à avoir du temps pour moi ?
- Est-ce que je peux parler de ce que je ressens sans avoir peur d’être jugé ?
- Quelle place est-ce que j’ai réellement dans ma famille ?
- Qu’est-ce que j’aimerais faire différemment ?
- De quoi aurais-je besoin aujourd’hui pour me sentir un peu mieux ?
Il n’est pas nécessaire d’avoir toutes les réponses.
Commencer à mettre des mots sur ce que tu vis est déjà une étape.
Se sentir perdu peut aussi être une invitation à se retrouver
Devenir père transforme une partie de ton identité.
Et parfois, cette transformation fait remonter des questions que tu ne t’étais jamais posées.
Quel père ai-je envie d’être ?
Quelles valeurs ai-je envie de transmettre ?
Quelle relation ai-je envie de construire avec mon enfant ?
Quelle place ai-je envie d’occuper dans mon couple ?
Et surtout :
Quel père ai-je envie d’être sans avoir à devenir quelqu’un que je ne suis pas ?
C’est une question importante.
Parce que devenir père ne signifie pas abandonner l’homme que tu étais.
Il s’agit plutôt de construire une nouvelle version de toi, avec cette nouvelle responsabilité, ces nouvelles contraintes, mais aussi cette nouvelle relation avec ton enfant.
Tu n’as pas à traverser ça seul
Parler de ses difficultés ne signifie pas que l’on est un mauvais père.
Et demander de l’aide ne signifie pas que l’on est incapable.
Parfois, avoir simplement un espace où l’on peut parler librement, sans jugement et sans avoir besoin de faire semblant que tout va bien, permet déjà d’y voir plus clair.
C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’accompagne les pères.
Parce que je crois que les pères ont eux aussi besoin d’un espace pour déposer ce qu’ils vivent, comprendre leurs émotions, trouver leur place et construire leur manière d’être père.
C’est dans cette logique que j’ai créé RE-PÈRES, une méthode autour de la paternité et de l’équilibre familial.
Reconnaître ce que l’on vit.
Écouter ses émotions.
Prendre sa place de parent.
Équilibrer son quotidien.
Renforcer les liens familiaux.
Exprimer ses besoins.
Sécuriser son environnement émotionnel.
Parce qu’être père, ce n’est pas avoir toutes les réponses.
C’est aussi accepter d’apprendre.
Et parfois, le premier pas consiste simplement à pouvoir dire :
« Je suis devenu père… et je me sens un peu perdu. »
Et si c’est ton cas, sache une chose :
tu n’es probablement pas le seul.
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