Un an de congé parental : ce que j’ai appris en devenant père au foyer

Il y a quelques mois, j’ai fait un choix qui, pour certains, peut sembler assez surprenant.
Après quinze années passées dans l’informatique, j’ai décidé de mettre mon activité professionnelle en pause pour prendre un congé parental et rester à la maison avec mes enfants.
Ce choix n’est pas arrivé de nulle part.
Il y a d’abord eu une situation compliquée avec la nounou de ma fille. Il lui restait environ un an avant son entrée à l’école et, honnêtement, je ne me voyais pas la remettre chez une nouvelle personne pour seulement quelques mois.
Ma femme avait un emploi stable. De mon côté, j’étais entrepreneur et mon activité de coach parental était encore relativement jeune.
Alors nous avons fait un choix familial : c’est moi qui resterais à la maison.
Mais derrière cette décision, il y avait aussi une envie très personnelle.
Je voulais profiter de cette année avec ma fille.
Je voulais vivre cette période autrement.
Et, en tant que coach parental, je voulais aussi comprendre de l’intérieur ce que représente réellement le fait de passer ses journées, ses semaines, ses week-ends et ses vacances avec ses enfants.
Je pensais savoir.
En réalité, je ne savais pas vraiment.
Cette année m’a aussi permis de réfléchir différemment à la parentalité et au rôle de parent. Être présent au quotidien avec son enfant, ce n’est pas simplement répondre à ses besoins : c’est aussi l’accompagner dans son développement, son éveil et ses découvertes.
Dans ces moments de petite-enfance, chaque journée devient une occasion d’observer son enfant, de comprendre ce qu’il ressent et de l’accompagner au mieux dans son développement.
Je pensais que ce serait très difficile
Je savais que rester à la maison avec deux enfants allait être intense.
Mais je n’avais jamais vécu plusieurs mois consécutifs dans cette situation.
Avant cela, je connaissais surtout le rythme classique : déposer les enfants le matin, travailler pendant la journée, les retrouver le soir, puis profiter d’eux le week-end et pendant les vacances.
Le congé parental a complètement changé cette organisation.
Soudain, il n’y avait plus vraiment de coupure.
Quand les enfants sont avec toi toute la journée, tu es celui qui accompagne les émotions, les conflits, les demandes, les repas, les activités, les imprévus, les frustrations…
Et lorsque la journée se termine, la responsabilité parentale ne disparaît pas pour autant.
Le week-end arrive ? Les enfants sont toujours là.
Les vacances arrivent ? Les enfants sont toujours là.
Il n’y a pas forcément quelqu’un à qui passer le relais.
Et c’est probablement l’une des choses qui m’a le plus marqué : la vigilance mentale reste constamment présente.
Ma femme et moi en avons beaucoup parlé.
Lorsqu’elle part travailler, elle sait qu’elle va passer plusieurs heures sans avoir la responsabilité directe des enfants. De mon côté, cette coupure n’existe pas de la même manière.
Cela ne veut pas dire que l’un travaille plus que l’autre.
Cela veut dire que nous vivons simplement deux réalités différentes pendant cette période.
Apprendre à ralentir
Et puis il y a eu quelque chose que je n’avais pas vraiment anticipé.
J’ai appris à ralentir.
Moi qui ai souvent besoin de contrôler les choses, de prévoir, d’anticiper et de savoir où je vais, j’ai découvert que la vie avec des enfants ne fonctionne pas comme ça.
On peut prévoir une journée.
Puis un enfant se réveille de mauvaise humeur.
Une activité ne fonctionne pas.
Une émotion arrive.
Une dispute éclate.
Un besoin apparaît.
Et le programme prévu le matin n’a plus grand-chose à voir avec la réalité de midi.
Il faut alors réinventer.
Faire autrement.
S’ajuster.
Faire des concessions.
Accepter que tout ne soit pas sous contrôle.
Et finalement, c’est peut-être l’un des apprentissages les plus importants que cette année m’a apportés.
Je n’ai pas appris à mieux contrôler mon quotidien. J’ai appris à accepter de ne pas toujours pouvoir le contrôler.
Choisir le lien plutôt que le superflu
Avec ma femme, nous avons également fait un choix dès le départ.
Bien sûr, il faut s’occuper de la maison.
Préparer les repas, ranger, gérer les tâches importantes, organiser les journées…
Mais je ne voulais pas que mon congé parental se transforme en une course permanente pour avoir une maison parfaitement propre.
J’ai préféré faire passer le lien avec mes enfants avant le superflu.
Jouer avec eux.
Les écouter.
Partager un moment.
Accompagner une émotion.
Prendre le temps.
Cela ne signifie pas qu’il n’y a plus de règles ou de limites.
Au contraire.
Mais j’ai appris à choisir mes batailles.
Si mes enfants veulent marcher pieds nus dans la terre, je peux leur dire qu’ils se laveront les pieds ensuite.
S’ils jouent dans l’herbe et se salissent les mains, nous les laverons.
Ce n’est pas grave.
En revanche, lorsqu’il y a une question de sécurité, de respect des autres ou de dégradation volontaire, les limites sont différentes.
Cette année m’a beaucoup appris sur cette notion : tout ne mérite pas une bataille.
Et quand on passe toute la journée avec ses enfants, cette distinction devient particulièrement importante.
Deux parents, deux journées différentes
Cela nous a aussi amenés à beaucoup réfléchir avec ma femme sur nos façons différentes d’être parents.
Elle arrive le soir après sa journée de travail.
Moi, j’ai déjà vécu toute la journée avec les enfants.
Nous n’avons donc pas les mêmes informations.
Nous n’avons pas vécu les mêmes situations.
Nous n’avons pas le même niveau de fatigue.
Et parfois, cela crée des différences dans notre façon de réagir.
Une règle qui me semble secondaire parce que j’ai déjà passé la journée à accompagner, expliquer, négocier et poser des limites peut lui sembler importante lorsqu’elle rentre.
Ce n’est pas forcément qu’un parent a raison et que l’autre a tort.
C’est aussi une conséquence du fait que nous n’avons pas vécu la même journée.
Et cette expérience m’a fait comprendre quelque chose d’important : le parent qui reste au foyer accumule énormément de contexte que l’autre parent n’a pas forcément.
Et cette expérience m’a fait comprendre quelque chose d’important : le parent qui reste au foyer accumule énormément de contexte que l’autre parent n’a pas forcément.
Et cette expérience m’a fait comprendre quelque chose d’important : le parent qui reste au foyer accumule énormément de contexte que l’autre parent n’a pas forcément.
Des compétences que je n’avais jamais imaginé développer
C’est probablement là que mon regard a le plus changé.
Parce qu’au fil des mois, je me suis rendu compte que cette année ne m’apprenait pas seulement à être un meilleur père.
Elle me faisait également développer énormément de compétences.
Avec deux enfants rapprochés en âge, j’ai appris à faire de la médiation.
À gérer des conflits.
À rechercher l’équité.
À écouter deux versions différentes d’une même histoire.
À essayer de comprendre ce que chacun ressent.
J’ai appris à me mettre à la hauteur de l’enfant.
À prendre en compte son niveau de compréhension.
À expliquer autrement lorsque mon premier message n’est pas compris.
À rester calme quand l’intensité monte.
À faire preuve de pédagogie.
À découper une situation complexe en petites étapes compréhensibles.
J’ai aussi appris à être créatif.
Quand on n’a pas le matériel d’une structure d’accueil ou d’une nounou, il faut parfois réinventer les activités avec ce que l’on a sous la main.
J’ai appris à organiser les rendez-vous, les sorties, les rencontres.
À aller vers les autres pour éviter de nous enfermer dans notre quotidien.
À contacter des organismes.
À demander.
À expliquer ce dont nous avons besoin.
À observer davantage.
À chercher ce qui peut se cacher derrière un comportement ou une émotion.
Et surtout, j’ai appris à m’engager dans la durée.
Parce qu’il n’y a pas toujours quelqu’un pour prendre le relais.
Il faut continuer.
Même quand on est fatigué.
Même quand la journée est compliquée.
Même quand on aurait simplement envie de souffler.
Être quotidiennement auprès de jeunes enfants oblige aussi à adapter sa manière de communiquer. Ce qui fonctionne avec un adulte ne fonctionne pas forcément avec un jeune enfant : il faut expliquer autrement, répéter, montrer, accompagner et parfois simplement laisser le temps nécessaire à l’apprentissage.
Cette présence quotidienne permet également de mieux observer le développement de l’enfant, ses besoins, ses émotions et les différentes étapes qu’il traverse.
Ce n’est pas une période de vacances
C’est probablement ce que j’aimerais le plus faire comprendre aujourd’hui.
Un congé parental n’est pas une période de vacances.
Et être parent au foyer n’est pas une période où l’on « ne fait rien ».
Bien sûr, ce n’est pas un emploi salarié.
Bien sûr, ce n’est pas une expérience professionnelle au sens classique du terme.
Mais cela ne signifie pas qu’il ne se passe rien.
Au contraire.
Pendant cette période, on peut développer des compétences sociales, relationnelles et organisationnelles extrêmement importantes.
De l’empathie.
De la communication.
De la négociation.
De la médiation.
De l’organisation.
De l’adaptation.
De la gestion des priorités.
De la pédagogie.
De la prise de décision.
De l’endurance.
De la gestion des émotions.
Et bien d’autres choses encore.
Toutes ces compétences ne seront évidemment pas pertinentes pour tous les métiers.
Mais certaines peuvent être utiles dans énormément de secteurs : management, social, secrétariat, accompagnement, relation client, éducation, coordination…
Le sujet n’est donc pas de dire qu’un parent au foyer possède automatiquement toutes ces compétences.
Le sujet est de permettre à cette personne de les identifier, de les mettre en mots et, lorsqu’elles sont pertinentes, de pouvoir les valoriser.
Et moi, qu’est-ce que cette année a changé ?
Avant cette année, j’avais quinze années d’expérience dans l’informatique.
J’étais développeur, business analyst.
Mon univers professionnel était très éloigné de celui dans lequel je me trouve aujourd’hui.
Et pourtant, cette année m’a fait travailler sur des choses que mon parcours professionnel m’avait beaucoup moins permis d’expérimenter.
Le social.
L’empathie.
La pédagogie.
La négociation.
La gestion des conflits.
L’adaptation permanente.
Le lâcher-prise.
Et surtout, la capacité à accepter que tout ne puisse pas être maîtrisé.
Cette expérience a également renforcé ma volonté d’accompagner les parents.
Parce que je comprends aujourd’hui un peu mieux ce que signifie être présent chaque jour auprès de ses enfants.
Je comprends davantage la fatigue.
La charge mentale.
Les petites victoires.
Les moments de doute.
Et cette satisfaction particulière lorsque, après une journée difficile, on se rend compte que quelque chose a été construit.
C’est aussi ce qui m’a amené à créer ma pétition
Cette expérience personnelle m’a fait réfléchir à quelque chose de plus large.
Combien de personnes ont passé plusieurs années à la maison pour s’occuper de leurs enfants ?
Combien reprennent ensuite leur recherche d’emploi avec un « trou » sur leur CV ?
Et combien de compétences développées pendant cette période restent complètement invisibles ?
Je ne pense pas que nous devions prétendre qu’un congé parental équivaut à plusieurs années d’expérience dans un métier.
Ce serait faux.
Mais je pense qu’il est tout aussi faux de considérer cette période comme une absence totale d’expérience.
Il y a une réalité entre les deux.
Et c’est cette réalité que j’aimerais contribuer à rendre plus visible.
C’est pour cette raison que j’ai créé une pétition autour de la reconnaissance des compétences développées par les parents au foyer.
Pas pour dire que tout doit être transformé du jour au lendemain.
Mais pour ouvrir une discussion.
Pour faire réfléchir.
Pour permettre peut-être, demain, de mieux identifier ces compétences et de mieux les valoriser lorsqu’elles peuvent réellement être utiles dans un parcours professionnel.
Parce que derrière une personne qui a passé plusieurs années au foyer, il n’y a pas forcément quelqu’un qui s’est arrêté.
Il y a peut-être quelqu’un qui a appris autrement.
Chaque jour, construire quelque chose
Je suis encore au milieu de cette expérience.
Je n’ai pas toutes les réponses.
Je découvre encore.
Je me trompe encore.
Je dois encore apprendre à lâcher prise.
Mais chaque mois qui passe représente pour moi une petite victoire.
Parce qu’après quinze années dans l’informatique, je me retrouve aujourd’hui dans une situation que je n’aurais probablement pas imaginée quelques années auparavant.
Et pourtant, je ne regrette pas d’avoir choisi cette année.
J’ai construit des liens avec mes enfants que je n’aurais pas pu construire de la même manière en les retrouvant uniquement le soir.
J’ai découvert des choses sur eux.
Mais aussi sur moi.
J’ai appris à ralentir.
À réinventer.
À faire différemment.
À accepter de ne pas tout contrôler.
Et à comprendre qu’une journée passée à la maison avec ses enfants n’est pas une journée « vide ».
C’est une journée durant laquelle, souvent sans même s’en rendre compte, on construit quelque chose.
Jour après jour.
Malgré la fatigue et les moments difficiles, cette présence quotidienne m’a aussi apporté beaucoup d’épanouissement. Voir ses enfants grandir, découvrir de nouvelles choses et constater les petits progrès du quotidien donne un sens très particulier à cette période.
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