Pourquoi je culpabilise autant depuis que je suis parent ?

Je culpabilise quand je m’énerve contre mes enfants.

Je culpabilise quand je manque de patience.

Je culpabilise quand je passe trop de temps sur mon téléphone au lieu de jouer avec eux.

Je culpabilise quand je suis fatigué et que j’aimerais simplement avoir un moment pour moi.

Et parfois, je culpabilise même lorsque je prends ce moment pour moi.

Être parent semble parfois s’accompagner d’une petite voix intérieure qui nous rappelle constamment tout ce que nous aurions pu faire autrement.

Nous aurions pu être plus patients. Plus disponibles. Plus à l’écoute. Plus créatifs. Plus compréhensifs.

Nous aurions pu mieux réagir à cette colère, prendre davantage le temps d’expliquer ou profiter un peu plus de cette journée.

Et lorsque nous regardons les choses de cette manière, il devient difficile d’avoir le sentiment d’être un bon parent.

Car il y a toujours quelque chose à améliorer.

Mais pourquoi culpabilisons-nous autant depuis que nous sommes parents ?

Est-ce parce que nous ne faisons pas suffisamment bien les choses ? Parce que nous avons des attentes trop élevées envers nous-mêmes ? Ou parce que nous avons fini par croire qu’un bon parent devait être disponible, patient et bienveillant en permanence ?

Je crois qu’il est important de prendre le temps de se poser ces questions.

Pas pour trouver une nouvelle méthode éducative à appliquer parfaitement.

Mais pour comprendre ce qui se joue en nous et apprendre à vivre notre parentalité avec un peu moins de pression.

Un homme debout devant une fenêtre, pensif
Photo : Karen Ruffieux sur Unsplash

Devenir parent, c’est découvrir une responsabilité immense

Avant d’avoir des enfants, nous pouvons avoir une certaine idée de ce que signifie être parent.

Nous imaginons les moments de tendresse, les jeux, les découvertes, les promenades et les souvenirs que nous allons construire ensemble.

Nous savons que ce ne sera pas toujours facile, bien sûr. Mais il est difficile d’imaginer précisément ce que représente le fait d’être responsable d’un autre être humain au quotidien.

Puis l’enfant arrive.

Et avec lui, une succession de décisions, de besoins et de responsabilités.

Il faut le nourrir, le protéger, l’accompagner, l’aider à grandir, lui transmettre des valeurs et lui apprendre progressivement à vivre avec les autres.

Il faut aussi composer avec ses émotions, ses frustrations, ses besoins et son rythme de développement.

Et tout cela se déroule pendant que nous continuons à gérer notre propre vie : le travail, le couple, la maison, les finances, les relations sociales et nos propres préoccupations.

Nous découvrons alors que la parentalité ne se résume pas aux décisions importantes.

Elle se construit aussi dans des centaines de petits choix quotidiens.

Est-ce que je dois intervenir ? Est-ce que je dois dire non ? Est-ce que je suis trop strict ? Pas assez ? Est-ce que je devrais le laisser essayer seul ou l’aider ?

Il est normal de se poser des questions lorsque l’on accompagne un enfant.

Mais lorsque chaque décision devient une occasion de remettre en cause notre valeur en tant que parent, la réflexion peut se transformer en culpabilité permanente.

Être responsable de son enfant ne signifie pas être responsable de tout ce qui lui arrive, de toutes ses émotions ou de chaque difficulté qu’il rencontre.

Notre rôle est de l’accompagner au mieux, avec les ressources dont nous disposons, et non de contrôler chaque aspect de son développement.

Le parent que je voudrais être et celui que je suis réellement

Je pense que l’une des grandes sources de culpabilité se trouve dans le décalage entre le parent que nous voudrions être et celui que nous sommes dans la réalité.

Nous voudrions rester calmes lorsque notre enfant fait une crise.

Nous voudrions prendre le temps de l’écouter lorsqu’il nous raconte quelque chose.

Nous voudrions être disponibles lorsqu’il nous sollicite.

Nous voudrions accueillir ses émotions sans nous laisser déborder par les nôtres.

Et pourtant, nous avons parfois une mauvaise nuit derrière nous, une journée compliquée, des préoccupations qui nous occupent l’esprit ou simplement besoin de souffler.

Nous savons ce qu’il serait préférable de faire, mais nous n’y arrivons pas toujours.

C’est là que la culpabilité peut apparaître.

« Je sais que j’aurais dû réagir autrement. »

« Je lui avais pourtant promis de ne plus crier. »

« Je ne veux pas être ce genre de parent. »

Le problème n’est pas de constater que nous aurions pu faire autrement. Cette prise de conscience peut nous aider à progresser.

Le problème commence lorsque nous transformons chacune de nos erreurs en preuve que nous ne sommes pas à la hauteur.

Nous ne sommes pas uniquement des parents. Nous sommes aussi des personnes avec une histoire, des émotions, des besoins et des limites.

Nous pouvons connaître les principes d’une éducation respectueuse et perdre patience.

Nous pouvons vouloir être disponibles pour nos enfants et avoir besoin de solitude.

Nous pouvons aimer profondément notre famille et trouver certaines journées épuisantes.

Ces réalités ne s’annulent pas.

On peut être un parent aimant et traverser des moments où l’on n’arrive pas à être le parent que l’on voudrait être.

L’enjeu est de comprendre ces moments, d’assumer nos responsabilités et de chercher à faire autrement, sans réduire toute notre parentalité à nos difficultés.

La culpabilité de ne pas passer assez de temps avec ses enfants

C’est une culpabilité que beaucoup de parents connaissent.

Nous travaillons, nous gérons les obligations quotidiennes et nous essayons de faire tenir toute notre vie dans une journée qui semble toujours trop courte.

Lorsque nous retrouvons nos enfants le soir, il reste parfois peu de temps avant le repas, le bain et le coucher.

Nous aimerions jouer davantage avec eux, discuter plus longtemps ou profiter de moments où nous ne regardons pas l’heure.

Mais nous sommes fatigués.

Nous devons préparer le repas, ranger un peu, répondre à un message ou anticiper la journée du lendemain.

Et parfois, nous avons simplement envie de nous asseoir sans rien faire.

Alors une petite voix apparaît :

« Je n’ai pas assez profité de mes enfants aujourd’hui. »

« Ils grandissent tellement vite. »

« Je devrais passer plus de temps avec eux. »

Il est vrai que le temps passe vite et que nous ne pouvons pas récupérer les journées qui se sont écoulées.

Mais faut-il pour autant transformer chaque journée en une occasion de mesurer ce que nous n’avons pas fait ?

Nous ne pouvons pas être disponibles à chaque instant.

La relation avec notre enfant ne se construit pas uniquement pendant les activités que nous organisons pour lui.

Elle se construit aussi lorsque nous préparons le repas ensemble, lorsque nous discutons sur le chemin de l’école, lorsque nous répondons à une question ou lorsque nous prenons quelques minutes pour écouter ce qu’il a envie de nous raconter.

Cela ne signifie pas que la quantité de temps passé ensemble n’a aucune importance. Le temps partagé compte, et chaque famille peut chercher comment préserver des moments de disponibilité malgré ses contraintes.

Mais nous pouvons essayer de sortir d’une logique dans laquelle chaque minute passée autrement serait une minute perdue.

Nos enfants n’ont pas besoin que chaque instant avec nous soit exceptionnel. Ils ont aussi besoin de moments ordinaires, répétés, dans lesquels ils peuvent compter sur notre présence.

La culpabilité de vouloir du temps pour soi

Il y a une autre contradiction que je trouve particulièrement intéressante.

Nous savons que nous avons besoin de repos.

Nous savons que nous sommes plus patients lorsque nous avons pu souffler.

Nous savons que notre équilibre personnel compte.

Et pourtant, lorsque nous prenons du temps pour nous, nous pouvons avoir l’impression de faire passer nos besoins avant ceux de nos enfants.

Nous aimerions lire tranquillement, jouer à un jeu vidéo, faire du sport, retrouver des amis ou simplement rester seuls quelques instants.

Mais nous entendons parfois cette petite voix :

« Tu pourrais plutôt jouer avec tes enfants. »

« Tu as déjà passé assez de temps pour toi aujourd’hui. »

« Tu devrais profiter d’eux tant qu’ils sont petits. »

Et même lorsque nous avons enfin un moment de liberté, nous ne parvenons pas toujours à en profiter pleinement.

Nous sommes physiquement seuls, mais mentalement encore occupés par tout ce que nous pensons devoir faire.

Pourtant, être parent ne signifie pas renoncer à être une personne à part entière.

Nous avons des besoins qui ne disparaissent pas avec l’arrivée d’un enfant.

Prendre du temps pour soi n’est pas nécessairement une façon de se détourner de sa famille. Cela peut aussi être une manière de préserver son équilibre et de retrouver des ressources.

Bien entendu, cela suppose de tenir compte des besoins des enfants et de l’organisation familiale. Prendre du temps pour soi ne signifie pas laisser systématiquement l’autre parent assumer toutes les responsabilités.

Mais lorsque les besoins de chacun sont pris en compte, il est possible de chercher un équilibre dans lequel le parent n’a pas à s’effacer complètement.

Tu peux aimer tes enfants de tout ton cœur et avoir besoin de moments où tu n’es pas en train de répondre à leurs besoins.

Ces deux réalités peuvent parfaitement coexister.

Nous culpabilisons aussi parce que nous voulons bien faire

Il serait facile de considérer la culpabilité comme quelque chose dont il faudrait simplement se débarrasser.

Mais je pense qu’il est utile de distinguer deux situations.

Il y a la culpabilité qui nous aide à prendre conscience d’un comportement que nous souhaitons changer.

Et il y a celle qui nous enferme dans un jugement permanent sur nous-mêmes.

Imaginons que nous ayons crié sur notre enfant.

Après coup, nous pouvons nous dire :

« Je n’aurais pas voulu lui parler comme ça. Je veux comprendre pourquoi j’ai réagi ainsi et chercher une autre manière de faire. »

Cette réflexion peut nous aider à prendre nos responsabilités.

Nous pouvons nous excuser, réfléchir à nos déclencheurs et essayer de mieux gérer la situation la prochaine fois.

Mais nous pouvons aussi nous dire :

« Je suis un mauvais père. Je n’y arriverai jamais. Je reproduis tout ce que je ne voulais pas reproduire. »

Dans ce deuxième cas, nous ne réfléchissons plus seulement à notre comportement. Nous remettons en question notre valeur tout entière.

Or, se juger sévèrement ne nous donne pas automatiquement les moyens de changer.

Nous pouvons reconnaître qu’un comportement a été inadapté sans conclure que nous sommes incapables d’être de bons parents.

La culpabilité peut nous alerter, mais elle ne doit pas nécessairement devenir notre manière habituelle de nous parler.

L’objectif n’est pas de nous déresponsabiliser.

C’est au contraire de nous donner la possibilité d’agir.

Reconnaître une erreur, ce n’est pas se condamner. C’est se donner une chance de comprendre et de réparer.

La pression d’être un parent parfait

Aujourd’hui, nous avons accès à une quantité considérable de conseils sur la parentalité.

Nous pouvons lire des articles, écouter des podcasts, regarder des vidéos ou suivre des professionnels qui nous expliquent comment accompagner les émotions, poser des limites, favoriser l’autonomie et communiquer avec nos enfants.

Ces ressources peuvent être très utiles.

Elles peuvent nous permettre de mieux comprendre le développement de l’enfant et de découvrir des approches auxquelles nous n’aurions pas pensé.

Mais elles peuvent aussi alimenter une forme de pression.

Nous découvrons tout ce que nous pourrions faire mieux.

Nous apprenons qu’il faudrait accueillir les émotions, éviter les cris, poser un cadre cohérent, favoriser l’autonomie, respecter le rythme de l’enfant et maintenir une communication bienveillante.

Puis nous regardons notre quotidien.

Et nous constatons que nous n’arrivons pas toujours à appliquer tout cela.

Nous nous comparons parfois aux parents que nous voyons sur les réseaux sociaux, aux témoignages que nous lisons ou à l’image de la famille que nous aimerions construire.

Mais nous comparons alors souvent notre réalité complète à une représentation partielle de celle des autres.

Nous voyons rarement toutes les hésitations, les difficultés, les erreurs et les moments de fatigue qui existent derrière une publication.

Il est important de pouvoir apprendre des autres sans transformer chaque conseil en une nouvelle obligation.

Nous pouvons retenir une idée, l’essayer et constater si elle nous convient.

Nous pouvons aussi reconnaître qu’une méthode fonctionne dans certaines situations, mais pas dans toutes.

La parentalité n’est pas une succession d’exercices à réussir.

C’est une relation vivante, qui évolue avec l’enfant, le parent et les circonstances.

Nous avons besoin de repères, mais aussi de souplesse.

Un père tient son petit garçon dans ses bras au parc
Photo : Philip White sur Unsplash

Comment sortir progressivement de cette culpabilité ?

Il ne suffit pas de se dire que nous devrions moins culpabiliser.

Si cela fonctionnait aussi facilement, nous l’aurions probablement déjà fait.

En revanche, nous pouvons essayer de modifier progressivement notre manière de regarder les situations.

1Remplacer le jugement par une question

Lorsque tu culpabilises après une situation difficile, essaie de repérer les mots que tu utilises envers toi-même.

Est-ce que tu te dis que tu es nul ? Que tu n’es pas à la hauteur ? Que tu devrais toujours faire mieux ?

Tu peux essayer de remplacer ces jugements par une question plus concrète :

« Qu’est-ce qui a rendu cette situation difficile pour moi ? »

Peut-être que tu étais fatigué.

Peut-être que tu avais trop de choses à gérer.

Peut-être que tu as réagi sous le coup de la colère.

Peut-être que tu avais des attentes inadaptées à l’âge de ton enfant.

L’objectif n’est pas de trouver une excuse à tout. C’est de comprendre les circonstances pour pouvoir agir différemment.

2Distinguer ce qui dépend de toi de ce qui ne dépend pas de toi

Nous pouvons faire de notre mieux pour accompagner nos enfants, mais nous ne pouvons pas contrôler toutes leurs réactions.

Nous pouvons poser une limite avec calme et constater que notre enfant se met quand même en colère.

Nous pouvons préparer une sortie et découvrir qu’il est trop fatigué pour en profiter.

Nous pouvons proposer une activité et nous rendre compte qu’il préfère jouer autrement.

Nous pouvons expliquer une règle et devoir la répéter de nombreuses fois.

Tout cela ne signifie pas nécessairement que nous avons échoué.

Notre responsabilité porte sur notre manière d’accompagner l’enfant, sur les limites que nous posons et sur les ajustements que nous pouvons faire.

Elle ne nous donne pas le pouvoir de contrôler toutes les émotions ou tous les comportements de notre enfant.

3Accepter qu’une journée puisse être simplement ordinaire

Nous avons parfois tendance à évaluer nos journées en fonction de ce que nous avons accompli.

Avons-nous suffisamment joué avec les enfants ? Avons-nous fait une activité intéressante ? Avons-nous appris quelque chose de nouveau ? Avons-nous passé un bon moment ensemble ?

Mais toutes les journées ne peuvent pas être remplies de découvertes et de moments privilégiés.

Il y a aussi les journées où nous faisons les courses, préparons les repas, gérons les obligations et essayons simplement de traverser la journée sans trop nous épuiser.

Ces journées font partie de la vie de famille.

Nous n’avons pas besoin de transformer chaque moment en souvenir extraordinaire pour que notre relation ait de la valeur.

4Apprendre à réparer plutôt qu’à viser le zéro erreur

Nous pouvons essayer de ne plus jamais crier, ne jamais perdre patience et toujours trouver les bons mots.

Mais cette exigence risque de devenir une nouvelle source de culpabilité.

Une autre approche consiste à apprendre à reconnaître nos erreurs et à réparer lorsque c’est nécessaire.

Si nous avons crié, nous pouvons nous excuser.

Si nous avons été injustes, nous pouvons le reconnaître.

Si nous avons mal compris notre enfant, nous pouvons revenir vers lui et écouter ce qu’il voulait nous dire.

Cela ne rend pas le comportement initial acceptable. Mais cela permet de ne pas rester bloqué dans la culpabilité.

La réparation ne remplace pas les efforts pour changer. Elle en fait partie.

5Nous accorder la même compréhension que celle que nous essayons d’offrir à nos enfants

Lorsque notre enfant est fatigué, débordé ou frustré, nous essayons de comprendre ce qu’il traverse.

Nous savons qu’il apprend encore à gérer ses émotions.

Nous savons qu’il ne peut pas toujours faire ce que nous attendons de lui.

Mais sommes-nous capables de nous accorder la même compréhension ?

Lorsque nous perdons patience, nous pouvons essayer de regarder notre propre réaction avec un peu plus de recul.

Nous pouvons reconnaître que nous avons dépassé nos limites, sans considérer que cela résume toute notre valeur.

Nous pouvons nous demander ce dont nous aurions besoin pour mieux vivre une situation similaire la prochaine fois.

La bienveillance que nous cherchons à développer dans notre relation avec nos enfants peut aussi nous aider à construire une relation plus juste avec nous-mêmes.

Et si nous arrêtions de mesurer notre valeur à nos performances de parent ?

Il y a une question que je trouve intéressante :

Si un autre parent me racontait exactement la même situation que celle pour laquelle je culpabilise, est-ce que je le jugerais aussi durement que je me juge moi-même ?

Imaginons qu’un père te raconte qu’il a crié sur son enfant après une journée épuisante.

Qu’il regrette sa réaction.

Qu’il s’est excusé et qu’il cherche à comprendre comment faire autrement.

Est-ce que tu lui dirais immédiatement qu’il est un mauvais père ?

Ou est-ce que tu chercherais à comprendre ce qui s’est passé ?

Nous sommes parfois beaucoup plus compréhensifs avec les autres qu’avec nous-mêmes.

Nous savons reconnaître qu’un parent peut traverser des difficultés sans que cela résume toute sa relation avec son enfant.

Mais lorsque nous sommes directement concernés, nous avons parfois du mal à prendre ce recul.

Nous oublions tout ce que nous faisons au quotidien.

Les repas préparés, les soins apportés, les histoires racontées, les questions écoutées, les limites posées, les câlins donnés et les efforts fournis pour essayer de mieux faire.

Ces gestes ne font pas disparaître nos erreurs.

Mais nos erreurs ne font pas disparaître non plus tout ce que nous apportons à nos enfants.

Nous pouvons prendre nos responsabilités sans nous réduire à nos moments les plus difficiles.

Être parent, c’est aussi apprendre à se connaître

Devenir parent nous confronte parfois à des aspects de nous-mêmes que nous connaissions peu.

Nous découvrons nos limites, nos réactions sous pression, nos besoins de contrôle ou nos difficultés à accepter la frustration.

Certaines situations réveillent également des souvenirs ou des habitudes héritées de notre propre enfance.

Nous pouvons nous surprendre à répéter des comportements que nous avions pourtant décidé de ne pas reproduire.

Ou, à l’inverse, nous imposer des exigences très fortes parce que nous voulons absolument faire différemment de nos propres parents.

Ces prises de conscience peuvent être inconfortables.

Mais elles peuvent aussi devenir des occasions de mieux nous comprendre.

Nous pouvons apprendre à identifier ce qui nous met en difficulté, à reconnaître nos émotions et à demander de l’aide lorsque nous en avons besoin.

Nous pouvons aussi accepter que certaines choses demandent du temps.

Changer une réaction profondément ancrée ne se fait pas toujours en quelques jours.

Et il n’est pas nécessaire d’attendre d’avoir tout résolu pour construire une relation de qualité avec son enfant.

Nous pouvons progresser tout en continuant à apprendre.

Je n’ai pas besoin d’être un parent parfait pour être un parent présent

Je crois que c’est peut-être le point le plus important.

Nous pouvons passer beaucoup de temps à chercher ce que nous devrions améliorer.

À essayer d’être plus patients, plus disponibles, plus organisés ou plus compréhensifs.

Ces efforts peuvent avoir du sens.

Mais ils deviennent difficiles à vivre si nous avons constamment l’impression de ne jamais être assez bien.

Nous pouvons aussi apprendre à regarder ce qui fonctionne déjà.

Les moments où nous avons réussi à écouter notre enfant.

Les situations où nous avons pris le temps de lui expliquer une limite.

Les fois où nous avons reconnu notre erreur.

Les instants où nous avons simplement été présents, sans chercher à faire quelque chose d’extraordinaire.

Nous n’avons pas besoin d’ignorer ce qui doit changer.

Nous avons simplement besoin de ne pas oublier tout le reste.

Être parent ne signifie pas réussir chaque journée.

Cela signifie accompagner un enfant qui grandit, avec ses besoins, ses émotions et ses difficultés, tout en continuant nous-mêmes à apprendre.

Il y aura des journées faciles et d’autres beaucoup moins.

Des moments où nous serons fiers de nos réactions et d’autres où nous regretterons nos paroles.

L’important est de pouvoir regarder ces situations avec honnêteté, d’en tirer des enseignements et de chercher à avancer.

Sans prétendre que tout est parfait.

Mais sans considérer non plus que tout est raté dès que nous commettons une erreur.

Pour conclure : et si je me donnais le droit d’apprendre ?

Si tu culpabilises souvent depuis que tu es parent, tu peux essayer de te poser une dernière question.

Non pas :

« Est-ce que je suis un bon parent ? »

Mais plutôt :

« Est-ce que j’essaie de comprendre mon enfant, de prendre mes responsabilités et de faire évoluer ma manière d’être parent ? »

Cette question ne garantit pas que tout ira bien. Elle ne supprime pas les difficultés et ne dispense pas de changer certains comportements.

Mais elle permet de déplacer le regard.

Tu n’es pas obligé de choisir entre reconnaître tes erreurs et reconnaître tes efforts.

Tu peux regretter d’avoir crié et être fier d’avoir présenté tes excuses.

Tu peux vouloir passer plus de temps avec tes enfants et reconnaître que tu as aussi besoin de repos.

Tu peux avoir besoin d’aide et rester un parent engagé.

Tu peux ne pas savoir quoi faire dans une situation et chercher à comprendre.

La parentalité est un apprentissage qui se construit dans la durée. Nous ne maîtrisons pas tout dès le premier jour, et nous ne cessons pas d’apprendre lorsque nos enfants grandissent.

Alors, peut-être pouvons-nous nous accorder ce droit : celui de ne pas tout savoir, de ne pas tout réussir et de continuer à avancer.

Nos enfants n’ont pas besoin que nous soyons parfaits. Ils ont besoin que nous prenions soin de la relation que nous construisons avec eux, y compris lorsque nous devons reconnaître nos erreurs et apprendre à faire autrement.

Julien Grégoire

L'auteur

Julien Grégoire

Coach parental et créateur de la méthode RE-PÈRES. J'accompagne les pères, et aussi les mères, qui aiment profondément leurs enfants mais se sentent parfois fatigués, à bout ou perdus dans leur rôle.

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